• Baptiste

Les thèmes abordés dans le rap sont-ils un frein à l'originalité ?

De la khapta à la dénonciation des injustices sociales, notre rap français construit des récurrences au niveau des sujets abordés. Ainsi, drogue, alcool et sexe semblent souvent évoqués, laissant peu de place à l'inventivité des artistes. Sans caricaturer, les rappeurs arrivent-ils encore à être originaux ?



La recette du fantasme


Souvent, les rappeurs justifient la récurrence des sujets comme le trafic de stupéfiants, le sexe et le succès par leur vécu. Ils vivent ou ont vécu cela (de plus ou moins loin). Pour autant, l'entièreté des 3.5 M d'auditeurs mensuels de Ninho ne semble pas être composée que de dealers. Il y a un fantasme autour de l'univers du rap et c'est l'histoire racontée par l'auteur des textes qui plaît au public. Nous avons tendance à passer la véracité des propos au second plan. Aujourd'hui, ces thématiques fonctionnent encore d'un point de vue statistique et commercial. Du coup, l'image du gangster restant vendeuse, elle n'est pas prête d'être abandonnée. Malgré ce succès, on se rend compte que le mimétisme entre rappeurs tend à desservir la qualité des morceaux. Comme un manque d'originalité...


Une identité propre


Sortir de l'image du Lacoste TN, casquette Gucci pour se créer un personnage différent des autres, c'est un moyen efficace de sortir du lot. On pense, par exemple, à SCH qui a choisi de miser sur une image classe d'autoentrepreneur dans le milieu des narcotrafiquants. En procédant ainsi, il interprète et s'approprie un des thèmes les plus récurrents du hip-hop. Un aspect renforcé par le storytelling impeccable sur la série d'albums JVLIVS. Ainsi, on se rend compte que la forme prime sur le fond. Un flow, un style, une imagerie, des ambiances jouent en faveur des artistes. L'arrivée de la drill est un bon exemple. Nous avons eu l'impression d'un bol d'air frais avec des instrus aux consonances nouvelles pour le paysage français. Or, on se rend compte assez facilement, que l'egotrip reste le même. Un des meilleurs exemples : Kaaris. Le Sevranais a réussi à redonner un élan à sa carrière avec des feats bien choisis (certes), mais surtout en surfant sur le mouvement Drill UK tout en gardant sa ligne éditoriale. La forme change, le fond reste identique.



L'audace de se diversifier


Se diversifier représente un risque pour les rappeurs. Alors que le rap est devenu la musique numéro un, pourquoi faudrait-il modifier ce modèle économique ?


Une question problématique. Sur le long terme, comme pour un produit, la musique a besoin d'une plus-value pour fonctionner. De 47Ter à Zeu, chacun arrive à se diversifier à sa manière. Identifier un univers particulier chez un artiste est important et il y aura toujours un public. Créer une esthétique propre à leur musique peut tout de même changer beaucoup de choses. C'est le cas de Laylow avec Trinity. Derrière l'imagerie folle de l'album se cache des thèmes comme l'amour, la dépression, des thèmes pas hyper originaux mais la forme dépasse le fond, positivement. Des sentiments comme la nostalgie, la haine peuvent ainsi devenir de nouveaux territoires d'expressions pour les artistes.


La diversification peut aussi passer par des nouveaux sujets à traiter ou mélanger la barrière entre les thèmes. L'album Humain de Roms représente ce dernier élément. Les amours pour une femme et pour la drogue sont mixés tout au long de l'album pour créer une confusion chez l'auditeur. Peu de nouveaux sujets émergent réellement, mais quand ça arrive, c'est spectaculaire. Julien de Damso qui traite de la pédophilie ou même Freeze Corleone et Osirus Jack qui nous raconte sublimement les théories du complots.



Au final, que ce soit par une forme novatrice, ou des thèmes nouveaux, l'objectif est d'aller plus loin pour éviter que le rap ne devienne une caricature de lui-même.